Arts

_Deeper and Deeper_ par Hannah Walti

novembre 2019

Le Post-Humain au cinéma, c’est du purement traumatisant mais qui rassure. Donna Haraway a dit que nous étions tous devenus des cyborg – mi-humain, mi-machine. Elle dit que nous sommes tous des chimères, des hybrides, préfabriqués comme les bungalows gris du small-town où j’ai grandi, alignés en rangs, posés sur des terrains sans pénétrer vraiment dans le sol pierreux. Elle l’a dit en 1984 dans le Cyborg Manifesto et c’est plus vrai encore aujourd’hui. Parce qu’en réalité, le cinéma Cyberpunk est un miroir encore plus clair que celui de Black Mirror du Here and Now.

Le Post-Humain fait peur aux autres parce qu’il ouvre la porte à la vérité vraie. Comme Neo qui libère son corps mou et huileux et qui glisse dans les tubes en plastique de l’incubateur de la matrice pour en émerger, le post-humain est branché-débranché dans le cyberespace. L’esthétique des années 80 et 90 dictait les boulons qui sortent de la nuque, les prises où on branche la machine directement dans le système nerveux, et maintenant dicte l’œil vitreux de l’humain fabriqué comme pour le personnage au crâne transparent dans l’Ex Machina d’Alex Garland. Ça n’a jamais été une question de boulons ou d’esthétique plastique-chrome, ça a toujours été une question d’humanité. On ne dit plus améliorer, on dit augmenter, et on pourrait dire extrapoler peut-être. On ne dit plus réalité virtuelle, on dit réalité augmentée.

C’est un fantasme qui vient de la peur de la mort et de l’attente de l’apocalypse – seuls les plus forts survivront – mais aussi du fantasme de la beauté parfaite de la poupée Barbie et du dieu Photoshop. Je pense à Juliette Lewis en micro-robe argentée dans Strange Days de Kathryn Bigelow, aux filtres instagram qui lissent mes pores et me font ressembler à un elfe, aux perruques color-coordinated de Milla Jovovich dans Ultraviolet. Dans Strange Days, on attend le rapture – l’Enlèvement avec un grand E de la bible où tous les bons chrétiens iront au paradis – avec impatience. Il y a la volonté de survivre à l’apocalypse, d’être au-dessus de la condition humaine : meilleur, amélioré, augmenté, au-dessus, en code longiligne de
hacker à l’horizontale.

Il y a une volonté de se fondre dans la machine et d’y disparaître, de s’imaginer avec de l’électricité à la place du sang et des circuits verts et chromés à la place des veines. Dans Videodrome de David Cronenberg, Debbie Harry apparaît sous sa forme humaine pendant cinq minutes et, tout le restant du film, est déessifiée à travers l’écran du poste de télévision – voix métallisée, bouche rouge en gros plan. La voix de Scarlett Johansson est beaucoup
plus humaine que la moustache de Joaquim Phoenix dans Her, beaucoup plus chaude et plus invitante que son monde aseptisé aux couleurs pastel qui est franchement angoissant. Dans la techno-hystérie collective ambiante, on préférerait franchement être post qu’être current.

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